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PROLOGUE

Quatre petits trous rouges dans la gorge d’une brebis morte, une marque qui a coupé la respiration à des dizaines d’éleveurs ovins et renversé la tranquillité d’un département. Au milieu des plaines vallonnées meusiennes où les champs de colza se mélangent aux étendues sans fin des terrains de pâturages, ces quatre petits trous ont ramené aux mémoires, l’existence d’un animal disparu de cette région depuis le milieu des années 1900. Un prédateur élégant, discret comme une ombre, guidé par la faim et la nécessité de survivre.

 

« L’homme a considéré que le loup ne viendrait plus en plaine. »
Isabelle Dilhac, préfète de la Meuse durant les attaques

 

Pendant toute une année, ce premier loup a marqué son passage en tuant mouton après mouton, semaine après semaine. Réglé comme une horloge, ses derniers assauts sur les troupeaux ont accompagné l’arrivée de l’hiver, au moment où figée par le froid, la nature pousse les bêtes à rentrer à l’intérieur des bergeries.


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Ce répit accordé aux éleveurs n’est pas parvenu à apaiser leur haine envers le canidé. Ils l’ont tué mille fois en rêve, priant pour qu’au petit matin, les corps éventrés n’accompagnent pas la rosée. Ils ont passé de nombreux mois en apnée, traquant, surveillant, effarouchant, sans qu’aucune solution ne s’avère efficace pour contraindre l’instinct du prédateur.

 

« La cohabitation avec zéro attaque est impossible. Si les anciens l’avaient éradiqué, ce n’est pas pour rien. »
Cyril Weisse, éleveur d’ovins

 

A l’approche d’une nouvelle saison, l’herbe fraîche des pâturages n’attend que d’être broutée par les troupeaux. Les brebis ont mis bas et leurs agneaux sont sagement montés dans les camions qui les mènent vers l’abattoir. Leurs propriétaires et l’administration meusienne se remettent à peine du coup qu’ils ont pris sur la tête. Pendant que les uns, tout en faisant leur compte, repoussent au maximum le moment d’ouvrir les portes des bergeries, les autres planchent encore sur le meilleur moyen de limiter les victimes. Le loup est dans toutes les têtes mais aucun ne saurait dire où il se trouve.

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La silhouette du loup est réapparue pour la première fois en France, le 5 novembre 1992. Aperçu par l’un des gardes du parc du Mercantour, dans les Alpes du Sud, l’animal observait quelques mouflons à flanc de montagne. S’il y a 23 ans il passait la frontière italienne, aujourd’hui, le canidé recolonise l’hexagone. On dénombre environ 300 loups répartis sur 30 départements, de l’Ariège jusqu’à la Meuse.


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« Il n’a jamais disparu d’Italie. Grâce à son statut d’animal protégé, il a pu augmenter son aire de répartition et il a facilement passé les Alpes françaises. Des meutes se sont formées et c’est une cellule familiale où à un moment, les jeunes doivent partir pour coloniser d’autres territoires, c’est ce qu’on appelle la dispersion. Les loups ont la faculté de marcher sur de très longues distances, c’est caractéristique chez lui. »
Jean-Marc Landry, éthologue, spécialiste du loup

C’est par le sud que le loup est entré sur les plaines meusiennes. Seul, couvrant des centaines de kilomètres, traversant les bois et longeant les villages. Il s’est déplacé souple et silencieux jusqu’en octobre 2013 où quelques cadavres de brebis à moitié dévorés trouvés ont dévoilé la possibilité de sa  présence.

Après quelques attaques éparses à la frontière vosgienne, les prédations du loup se multiplient en centre Meuse à partir d’avril 2014. Plus régulières, plus meurtrières, ces assauts laissent croire à un second loup, tant les différences de comportements sont troublantes. Mais impossible d’avoir des certitudes.



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Des traces de crocs dans la gorge, des empreintes de pattes un peu plus allongées que celles d’un grand chien, des touffes de poils égarées sur des branchages, la quantité de viande consommée… Les agents de l’Office national de chasse et de la faune sauvage (ONCFS) ont été chargés de relever ces détails.

Dans l’hexagone, jamais un tel animal n’a été observé en plaine et la région connaît chaque année quelques attaques de chien sur des troupeaux. Le 17 avril 2014, un appareil automatique de l’ONCFS  capture un cliché de l’animal se déplaçant dans un champ de Ville-devant-Belrain, en centre Meuse, tout juste après avoir tué un bélier.

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Trois mois après cette prise de vue, le prédateur frappe à Houdelaincourt (sud meusien), dans un même temps, un éleveur de Villotte-sur-Aire, au centre du département, retrouve l’une de ses brebis égorgée, L’hypothèse de deux prédateurs se confirme.


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Pourquoi le loup attaque-t-il les moutons ?

 « Le loup est un opportuniste. A l’état sauvage, il est toujours difficile de tuer un animal. Un cerf ne se laissera pas tuer et le loup n’a pas la possibilité d’avoir ce type de bête chaque jour. Avec des brebis,  il est toujours facile de manger. Elles sont regroupées, facile à attraper et il y en a toujours. Pour un loup, c’est de la nourriture concentrée et très accessible. »
Jean-Marc Landry, éthologue, spécialiste du loup

Le carnivore loin d’être timide, surprend par son audace, ses capacités d’adaptation et son incroyable voracité. Les carcasses continuent de s’empiler à l’arrière des voitures, les agents de l’ONCFS ne cessent de remplir leur constat, chaque nuit les voitures tournent, les lumières balayent les sous-bois mais l’animal trouve toujours une faille. Une intelligence  couplée à un instinct vorace qui fait tomber les brebis comme les feuilles en automne. Certains matins, plus d’une dizaine de corps couvre l’herbe des prés.

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Source : Direction départementale des territoires de la Meuse



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« On peut penser qu’il prendra que ce qu’il lui faut. Dans notre cas, on ne sait pas à qui nous avons à faire. Peut-être un jeune loup, en tout cas un loup seul. A partir du moment où l’individu n’est pas au sein d’une meute, on peut penser que l’animal n’est pas tout à fait structuré au niveau « personnel ». Lors des attaques, on a pu voir des réactions de ce qu’on appelle « l’overkilling« . Un loup qui se trouve au milieu d’un troupeau tuera et blessera tant qu’il verra les moutons courir. Pour lui, ce sont des proies qui s’échappent. »
Frédéric Roset, agent de l’ONCFS

Entre les villages de Lavallée et Nicey-sur-Air, un cercle d’une circonférence de vingt kilomètres peut être dessiné, un périmètre dans lequel le loup photographié va concentrer ses assauts sans jamais en dépasser les frontières. La bête s’installera en plaine dans cette zone agricole très dense jusqu’au mois d’octobre 2014, un comportement qui laisse l’ONCFS perplexe.

 

NOMBRE D’ATTAQUES DU LOUP EN MEUSE
ENTRE OCTOBRE 2013 ET OCTOBRE 2014

Source : Direction départementale des territoires de la Meuse

Traverser cette partie de la Meuse, c’est parcourir des kilomètres de valons couverts de pâturages, de terres cultivables en lisière de forêts. Pour le loup, c’est une réserve de nourriture où les champs de colza et chaque sous-bois constituent une multitude de repères invisibles. Des cachettes pour se dissimuler d’un ennemi qui ne lui fait plus beaucoup peur. L’animal ose tuer à quelques dizaines de mètres des habitations.

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Seconde photographie du loup prise à Gimécourt (centre Meuse) par un appareil de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage dans la nuit du 3 octobre 2014.


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« Tant qu’il n’y a pas de relations négatives, le loup n’aura pas peur. Nous avons à faire à des loups qui grandissent dans un environnement extrêmement anthropomorphisé. En Europe, il est habitué depuis tout petit à voir des villages, des voitures, etc. Pour lui l’homme n’est pas un problème. »
Jean-Marc Landry, éthologue, spécialiste du loup

Au fil des mois, ce loup va prendre place dans le décor meusien. Sur les Unes des médias locaux, aux vents des rumeurs villageoises, au milieu des cauchemars, au cœur des bureaux de l’administration et sur les gorges des brebis, le super prédateur impose son rythme et ses habitudes. Une routine sanglante que des éleveurs, oscillant entre rage et tristesse, s’efforcent de refuser.

Chaque jour, Cyril Weisse se lève avant le soleil. Au matin du 19 avril 2014, ce sont les appels de son oncle, Denis, qui le pressent. Sur le pâturage, le sang recouvre l’herbe encore fraîche, les organes s’échappent des corps mutilés. Cinq brebis gisent mortes.

Égarées aux alentours, quatorze autres sont également marquées par les crocs du loup. Les agents de l’ONCFS sont en chemin pendant que les lieutenants de louveterie entourent les carcasses. Au total, onze des ovins ne survivront pas à l’assaut. L’éleveur décide mécaniquement de ramasser les cadavres.

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« La première fois, tu ne sais pas ce qui se passe, t’es perdu, tu es complétement démuni. C’est un sentiment où tu n’as pas le contrôle, t’es perdu, c’est comme si tu étais sorti de toi et que tu te regardais perdre les pédales.»
Cyril Weisse, éleveur

En 2004, ce fils d’agriculteur démarrait dans le métier avec 16 hectares et 180 brebis. L’exploitation se porte bien et aujourd’hui, 220 têtes dépassent derrière les barrières des bergeries. Tous les ans, dès que le soleil fait éclore les premiers bourgeons, Cyril et son oncle regroupent leurs troupeaux pour renouveler le fourrage et laisser les bêtes gestantes profiter de la verdure toute neuve.

Environ mille animaux répartis en huit puis trois parcs autour de leur village, Baudrémont. Là, elles pourront finir paisiblement leur couche, mettre bas et engraisser les petits corps des agneaux. Un rituel immuable qui se répète saison après saison.


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Après sa première attaque, le loup revint 13 fois. Malgré les filets de protection, malgré les rondes, malgré le parcage des brebis… Pour Cyril, une autre routine s’immisçait doucement dans les rouages de sa vie. Descendre au pré, apercevoir au loin les carcasses, appeler les agents de l’ONCFS , voir l’inscription « loup non exclu » sur leur constat puis attendre les indemnisations de la part de la Direction départementale des territoires… Un quotidien qui se répète tout autour de son exploitation, chez ses collègues, chez ses amis, qui tentent de vivre malgré l’angoisse.


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Si les remboursements perçus pour chaque brebis tuée leur permettent doucement de se relever, ils ne comblent pas tout. En Meuse, les animaux sont élevés pour la viande de leurs agneaux, la perte d’une agnelle gestante équivaut à perdre une mère mais aussi ses petits.

En France, les premières attaques de loup eurent lieu sur des élevages produisant du lait, le montant des indemnisations fût alors calculé pour ce genre de pastoralisme. Chez les éleveurs de plaine, cet oubli de la part de l’État fait doucement monter la colère.


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Cette colère est tendue par la fatigue, les insomnies, l’angoisse et le stress. Les éleveurs sont devenus des oiseaux de nuit. Ils organisent des rondes entre 1 h et 5 h du matin, prenant le relais des lieutenants de louveterie. A tour de rôle, ils conduisent leur 4X4 à travers champs, remuent la campagne, guettent l’humeur des troupeaux et scrutent la présence de deux yeux jaunes dans les sombres profondeurs des bosquets. Aux moindres signes anormaux, ils font du bruit, remuent la végétation, tirent en l’air.


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« Quand je faisais mes rondes je savais qu’il était dans le coin lorsque les brebis étaient affolées. Donc je descendais de la bagnole et je chargeais la carabine. Dès que tu vois qu’il y a un truc qui brille tu tires, mais à plus de 200 mètres c’est impossible. Je suis sûr que le loup connaissait ma bagnole, je pense qu’il a associé le coup de feu à ma voiture et à celle de mon père. »
Cyril Weisse, éleveur

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Dispersés à travers la campagne, les lots ne permettent pas une surveillance constante. Une porte ouverte vers un buffet d’agnelles pour le loup. L’impuissance domine les humeurs. La préfecture fait tout ce qu’elle peut pour les aider mais le prédateur trouve sans cesse la parade et arrache les dernières forces des éleveurs.

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« On n’est pas sorti un weekend pendant huit mois, je ne m’en suis même pas rendu compte, tu penses qu’à ça tout le temps, tu sais que ça peut arriver tout le temps par exemple pour la dernière attaque, j’étais au parc à 5h50 je suis revenu à 6h30, il avait torché neuf brebis, ça veut dire qu’il était à côté de moi toute la nuit. Tu sais que ça peut arriver et que tu ne peux rien faire. »
Cyril Weisse, éleveur

« Arrêter l’élevage » est une phrase qui prend de plus en plus de place dans la tête de chacun. Une solution facile mais déchirante pour ces hommes qui vouent leur vie à leurs bêtes. « Je passe plus de temps avec mes brebis qu’auprès de ma famille », avoue Cyril Weisse. Les nerfs sont parfois à vif mais cette famille se pose comme un soutien fondamental pour l’éleveur. Un réconfort que d’autres n’ont pas et tandis que le loup continue de frapper, la peur d’un suicide hante tout le centre Meuse.

« Nous n’étions pas préparés à ça ». La DDT, l’ONCFS et la préfecture, tout comme les éleveurs, ne comptent plus les heures. Avec 32 attaques entre avril et septembre 2014, une moyenne d’une voire deux prédations par semaine, la Meuse ne parvient plus à suivre la cadence imposée par le loup.


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« Le loup est une espèce protégée, au niveau international, par la Convention du Berne et la Directive Habitats-Faune-Flore. La règle est qu’on ne doit pas perturber le développement d’une espèce protégée, alors on élimine d’emblée les solutions radicales. Je représente le ministère de l’Écologie dans ce département mais aussi le ministère de l’Agriculture. Il faut donc essayer de faire en sorte que les attaques du loup provoquent le moins de dégâts possibles. L’idéal serait aucun dégât, mais l’idéal est difficile à atteindre. »
Pierre Liogier, directeur départemental des territoires de la Meuse


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La préfecture doit s’acquitter de deux missions : préserver une espèce animale rare, mais aussi, accompagner les éleveurs dont la détresse de certains laisse présager le pire. Depuis les premières carcasses de brebis, la préfète du département, Isabelle Dilhac et le directeur départemental des territoires de la Meuse, Pierre Liogier s’efforcent de répondre à leurs devoirs en récoltant des fonds d’urgences auprès de l’État.

Des indemnisations pour rembourser les pertes animales et des systèmes de protections des troupeaux sont alors mis en place pour favoriser la cohabitation avec le prédateur. Ces aides intègrent le plan national loup créé dès l’arrivée de l’animal en France.










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De leur côté, les associations comme la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA) ou le collectif « Encore éleveurs demain » travaillent en parallèle pour que la voix des éleveurs soit entendue. Au fil de leurs actions et de nombreuses réunions, ils réussissent à obtenir une accélération du dispositif national et la mise en place d’une aide psychologique pour les éleveurs les plus atteints par les prédations du loup.

Les mesures s’enchaînent et l’animal continue de se nourrir dans les pâturages. Avec ces parcs à brebis éparpillés à travers la campagne, le système pastoral meusien s’avère inadapté aux dispositions du plan national loup, d’abord pensé pour des régions montagneuses.


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La Meuse est un cas atypique, tout est à réinventer pour convenir à une géographie de plaine. Au matin du 27 août, la laine se mélange à nouveau au sang. Quatre corps froids sont retrouvés à cent mètres du village de Nicey-sur Aire. Cette quarantième attaque sera celle qui fera franchir le dernier seuil à la Meuse : le tir de prélèvement.



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«  J’avais conscience de la fragilité de ma décision, mais nous avions vu qu’aucune protection ne fonctionnait. Les attaques toutes les semaines nous ont dépassé, on a pensé qu’on n’arriverait plus à fournir en termes d’équipements. Nos moyens financiers et même nos moyens tout court étaient dépassés. »
Isabelle Dilhac, préfète de la Meuse durant les attaques


Une semaine avant ce choix, alors qu’un veau était retrouvé à moitié dévoré, il avait été décidé d’élargir le périmètre des unités d’action en passant de 11 à 37 le nombre de communes où les tirs de défense étaient autorisés. Mais face à cette nouvelle attaque en centre Meuse, cette onzième prédation chez le même éleveur, ce nouveau désastre à moins de cent mètres des habitations, Isabelle Dilhac s’est positionnée du côté des éleveurs après avoir tout essayé pour les faire cohabiter avec le loup.


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Premier veau tué par le loup à Vaubécourt le 18 août.
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« Avec une attaque par semaine, ça devenait ingérable, j’ai pris un risque assumé en appuyant sur le fait que je considérais que les attaques étaient avérées. Je me suis également appuyé sur l’ambiguïté du mot « notamment » sachant que ma demande ferait l’objet d’un contentieux. Nous ne pouvions plus continuer comme ça. »
Isabelle Dilhac, préfète de la Meuse durant les attaques


Arrêté du 15 mai 2013 fixant les conditions et limites dans lesquelles des dérogations aux interdictions de destruction peuvent être accordées par les préfets concernant le loup 

Article 22

Les tirs de prélèvements peuvent intervenir :
― s’il est constaté la persistance de dommages importants dans les élevages ayant mis en œuvre les tirs de défense, au vu notamment du caractère récurrent des dommages d’une année à l’autre malgré l’installation, quand cela est possible, de mesures de protection des troupeaux ; et
― dans la mesure où les troupeaux demeurent dans les conditions où ils sont exposés à la prédation du loup.







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L’arrêté est attaqué devant le tribunal administratif de Nancy par les associations de protection de l’environnement (Aspas, Ferus, One Voice, FNE, LPO et Mirabelle Lorraine). Jusqu’alors restées muettes sur le sujet et les nombreuses attaques de loup en Meuse, elles virent en cette décision, une réponse inadaptée de l’État risquant de mettre en péril une espèce protégée.

Le juge des référés doute alors de la légalité de l’arrêté préfectoral au regard des dispositions de l’arrêté interministériel du 15 mai 2013. Celui-ci mentionne « le caractère récurrent des dommages une année sur l’autre », alors que la Meuse ne connaissait des attaques que depuis à peine neuf mois. Le magistrat suspend l’exécution de l’arrêté d’Isabelle Dilhac (jusqu’à ce qu’il soit statué sur le fond), donnant au loup, un répit inespéré.


Chronologie des actions manifestantes des éleveurs
(crédit photos: L’Est Républicain)

Ce cessez-le-feu pour le loup allait raviver la colère des éleveurs jusqu’à l’hiver. Frustrés, impuissants, tous ne pensent, à présent, qu’à tuer cette bête qui leur aura enlevé tant de brebis, tant de nuits et en quelque sorte un bout de vie.

En plein milieu de l’été, lorsque le rythme des attaques devint insoutenable, une étude de vulnérabilité à la prédation du loup en Meuse fût commandé par la préfecture à la chambre d’agriculture.


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 « Les éleveurs ont en moyenne quatre troupeaux, il faut deux chiens par troupeaux pour assurer une protection efficace. Alors à un moment donné il faut savoir si on est éleveur de chiens ou bien de moutons. L’option qui fût choisit, en conclusion de l’étude, était les clôtures électriques mobiles ou fixes d’une hauteur d’un mètre soixante. Pour cette mesure, nous avions calculé une somme moyenne de 69 000 euros par éleveur. »
Pascal Carillet, technicien à la chambre d’agriculture de la Meuse

 

Après une saison en enfer, l’idée de reposer de l’argent sur la table pourrait remettre le feu à la campagne. Les esprits fument sous les caboches des éleveurs à la moindre évocation de ce « satané » loup. La Meuse est dans une impasse au moment où les animaux doivent rejoindre les prés.

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« On a été trop gentils, ils [les services de l’État, ndlr] ont de la chance d’être tombés sur nous. Maintenant fini les gentillesses. S’il y a des attaques cet été, ça va remuer, on les a prévenu. »
Cyril Weisse, éleveur


Bientôt un an jour pour jour que Cyril Weisse a connu sa première attaque. Les rayons matinaux du soleil percent sur la grande table du salon pendant que le café coule doucement dans les tasses. D’un ton teinté d’amertume, l’éleveur énumère les pertes financières que lui a causé le loup. Après quelques calculs, le compte s’élève à onze mille euros. Sept mille euros de manque à gagner pour des agneaux et quatre mille euros répartis entre les brebis tuées et celles qui n’ont pas mis bas à cause du stress. Une facture qui nourrit sa rage devenue froide.


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« Si je veux l’avoir, je ne protège pas mes brebis et j’attends qu’il arrive. Il me faut une bonne carabine avec une lunette de précision à plus de deux cent mètres. Je l’ai déjà tiré mais c’était plus pour lui faire peur. Je préfère qu’on s’occupe d’un cas après l’autre, c’est beaucoup plus simple comme ça. Si celui-ci on arrive à le tuer, on saura comment faire avec les autres. »
Cyril Weisse, éleveur


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Tuer le loup peut-il être la solution ?

« Tuer le loup est une réponse facile. C’est plus facile à dire qu’à faire? Et puis il faudra toujours qu’on tue le loup, pour les 100 prochaines années il y aura toujours un loup qui va apparaitre et attaquer. »
Jean-Marc Landry, éthologue, spécialiste du loup

Après des mois passés au milieu des bois et des cadavres de brebis, trouer la peau du loup aurait permis aux éleveurs de reprendre une bouffée d’air. Le statut du loup et le message flou envoyé par l’État forcent les hommes à vivre dans un paradoxe insupportable. En amont de cette nouvelle saison, Cyril Weisse a investi dans des filets de protection et compte mettre dans l’un de ses troupeaux, deux chiens de protection.


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Les deux bergers d’Anatolie ont grandi avec le troupeau pendant l’hiver.

L’écho de la tension qui enfle dans les campagnes se murmure au sein des différents services de l’État. Après avoir pris à bras-le-corps cette affaire, Isabelle Dilhac a été remplacée par un nouveau préfet qui a doucement appris les caractères de son territoire. Tous gardent les yeux rivés sur les nouvelles attaques qui s’éparpillent à travers la Lorraine depuis janvier.

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